Tout le monde sait quelque chose, personne ne sait tout et chacun senrichit des connaissances des autres.
Très sensible personnellement à cette philosophie des arbres de connaissances après la lecture du livre de Michel Authier et Pierre Levy " Les arbres de connaissances " (La Découverte), je pensais bien mettre en uvre cette démarche déchanges de savoirs.
Je nai donc pas hésité lorsquun des enfants de la classe a proposé de nous apprendre les nuds marins et jai mis en place un atelier déchanges de savoirs.
Comme je lespérais cette organisation a évolué vers une mutualisation des savoirs plus globale et à un arbre de connaissances.
Cette première proposition fut suivie immédiatement dune seconde " fabriquer un petit crocodile en perles ". Latelier fut placé tous les lundis de 15h30 à 16 h 30.
Les enfants devant organiser leur atelier, je leur ai confectionné une fiche de préparation où ils peuvent aussi bien prévoir le matériel (remboursé par notre coopérative), le nombre denfants dans latelier, linscription des enfants, le bilan final (brevet) . .. Ces fiches allant dans un classeur à disposition des enfants. Lenfant responsable prépare et gère son atelier. Je reste bien sûr la personne ressource. Pour la première séance, javais pris en charge un atelier " écrire des charades ". Mais les propositions denfants se multiplièrent et bientôt je neus plus en charge dateliers, jai pu ainsi être à mon tour apprenant.
Comme il y eut des propositions sportives, nous avons utilisé une de nos plages horaires au gymnase (30 min) : GRS, " Roller-danse ", Hockey (en roller). Les deux premiers ateliers sont gérés par des enfants pour finir par un spectacle, le hochey est une coopération entre laide éducateur et moi-même, il sest finalisé par linvitation dun joueur de hockey professionnel qui a joué avec nous. Deux autres adultes se sont joints à nous : une maman avec un atelier Patchwork (le lundi) et un papa avec un atelier Echec (le samedi). Un arbre dessiné au fusain est affiché et chaque atelier est représenté par une feuille que lon punaise.
Tous ces ateliers organisés par les enfants ont fait apparaître de multiples compétences : celles des enfants détenteurs du savoir échangé, celles des enfants ayant participé aux ateliers.
Grâce à ces ateliers, certains enfants ont pu retrouver une image positive deux-mêmes et proposer à leur tour des savoirs.
Ces échanges de savoirs se sont étendus à dautres moments de la classe. Il y avait déjà lentraide qui sorganisait pendant les périodes de moments personnels, mais les enfants ont commencé à proposé des transmissions de savoirs comme : " écrire des dialogues ", " diviser des nombres décimaux " A partir de ce moment, les enfants proposent de plus en plus de compétences, de savoirs.
Ces compétences sont validées :
Une fois validés, elles rejoignent de grands tableaux affichés à côté de larbre. Cet affichage permet aux enfants de retrouver celui qui possède un savoir pour quil lui transmette.
Individuellement ils ont un petit classeur les regroupant toutes. Cest leur " arbre " individuel.
Larbre de connaissances regroupe larbre des ateliers, les compétences montrées et transmises, les brevets scolaires (évaluations).
Au départ, seuls des savoirs faire ont été échangés, puis ce fut des savoirs culturels, puis plus tard les savoirs dits scolaires mais plutôt transversaux et finalement des compétences scolaires.
Lorsque un enfant en difficulté propose pour la première fois une compétence scolaire en expliquant comment et quand il la montrée, je crois que cest la plus belle des démonstrations de cette mutualisation des savoirs.
Larbre représente tout le patrimoine de la classe, il est là pour être partagé et senrichir de tous.
Voici quelques exemples de larbre :
Les compétences issues du programme (je ne détaille pas )
Les savoirs échangés dans latelier : crocodiles en perles, hippocampes en perles, origamis, toupie à effets doptique, scoubidous, dessins en traits et points, bracelets brésiliens, vitrail, le nain jaune, le scrabble, les échecs, lespagnol, peindre comme Monet, mots à rallonge, patchwork .
Compétences montrées et échangées : écrire des dialogues, écrire des poésies, écrire des haïkus, diviser des nombres à virgule, connaître le clavier, lire avec le ton, écrire correctement les négations, poser une addition avec des nombres à virgule, placer une fraction sur une droite graduée, reconnaître un verbe conjugué .
Lenfant prend conscience quil peut être acteur de ses apprentissages, acteur de ses évaluations.
Pour lenfant : même en difficulté, il retrouve une estime de soi, ce qui lui permet de retrouver le désir dapprendre ; son comportement tend à être moins individualiste car lobtention de savoirs se fait avec les autres, parfois pour les autres mais jamais contre les autres. Lévaluation devient concertée et motive leffort.
Pour lenseignant : il nest plus seul à transmettre , il peut ainsi être plus disponible pour le travail en petits groupes (besoins, ateliers, production décrits, recherche ). Le travail de cycle sen trouve fortifié.
Obstacles : manque de temps, de continuité suite à la constitution de classes dâge qui se reforment chaque année. Cest une démarche qui se constitue petit à petit avec les enfants, on peut offrir aux enfants lorganisation la plus propice mais ce sont eux les acteurs.
La classe de cycle ou le double niveau peut apporter le temps nécessaire, puisque chaque groupe denfants peut travailler deux ans au moins avec lenseignant et ainsi à chaque renouvellement denfants participer à leur accueil.
Catherine Chabrun
Classe de CM1/CM2
Ecole Jean Jaurès
5 rue Petit
91260 Juvisy sur Orge
01 69 21 56 82