Dans la classe de Roland L (CLIS)

Un moment de vie de classe en CLIS

 

Jeudi 18 novembre, 14h10, après un travail collectif de lecture d’une photographie ancienne.

 

Pour le temps de « gratuité » (moment inscrit dans l’après-midi de 30 à 45 minutes), P…… demande à mettre en place un atelier « apprendre à dessiner un Diddl ». Elle écrit le titre au tableau et elle fixe le nombre d’élèves à 4.

L…., M….., C….. et J….. s’inscrivent en fixant leur étiquette-prénom.

Pauline décide d’installer son atelier au coin regroupement , elle indique le matériel à préparer, cherche des feuilles de brouillon dans le carton du recyclage et le groupe s’installe autour de la table ronde.

A…., N…. et F…. ont choisi de passer à l’ordinateur et installent chacun un cédérom de Toboclic.

Fl….. a pris le classeur Verso Logic et il travaille tout seul. Lui, habituellement réfractaire aux fiches et au travail scolaire, se rassure avec un travail librement choisi et à sa portée. Il manifeste sa joie de réussir les différentes fiches réalisées, s’auto-corrige et note ses réussites dans le tableau de suivi.

Bl…. est au CMP, et F…… est à l’école La Poyat pour sa première intégration en CM1.

 

Pendant ce temps, je travaille individuellement avec L …e qui n’avait pas compris la séance de numération du matin.

Je suis complètement disponible pour m’occuper de L….e et suivre ses démarches, avec l’utilisation du matériel mathématique (cubes, barres dizaines et plaques centaines) car à aucun instant, je n’ai besoin d’intervenir auprès du groupe « dessin ». Les filles travaillent seules, cachées par le grand rayon qui les isole de la classe. A un moment, je vois P….., debout sur une caisse de rangement, pour être à hauteur et faire ses dessins-modèles sur le tableau blanc.

Quand A….. quitte l’ordinateur pour aller lire, L…e prend sa place… J’ai eu tout le temps nécessaire pour la suivre, aller à son rythme lent, comprendre ses difficultés.

 

A la fin du temps de gratuité, je fais le bilan et j’interroge P….. sur le déroulement de son atelier.

R : « Comment s’est passé ton atelier ? Tes « clients » ont-ils appris à dessiner ton personnage ?

P : Oui, ils ont bien écouté. Ils étaient calmes. (ce qui n’est pas la qualité habituelle des élèves en question).

R : P…… vous a bien appris à dessiner ?

M : Elle dessinait d’abord sur la feuille, sur la table et puis elle a dessiné au tableau et nous, on faisait pareil.

C : Elle expliquait bien : « d’abord on fait le rond, puis …

Tous les élèves sont contents de leur dessins. Ils en ont fait plusieurs.

R : On valide le brevet « j’apprends à dessiner un personnage… » de P….. ?

Tous : oui !

 

Une autre remarque m’a frappé. M……, (l’assistante d’éducation), quand elle est revenue après avoir accompagné F…… en intégration, m’a dit spontanément : « J’ai cru qu’elles étaient parties car je n’entendais pas de bruit ! »

Ce qui est incroyable, c’est ce calme ! Et pendant plus de 30 minutes ! Car d’habitude, c’est chamailleries, invectives et disputes (parfois avec coups) quand J….. est dans un groupe.

Cette fois, a-t-elle été contenue par le (les règles du) groupe ? l’envie d’apprendre comme les autres, de faire partie du groupe ?

Ce que j’essaie de faire et voudrais poursuivre :

- recenser les compétences dont les élèves se sentent capables, les inciter à les proposer en atelier ou à les montrer simplement pour les faire valider.

-   « organiser » ou favoriser ces temps, plus nombreux, les inclure dans des mini-projets, …

-   faire de ce temps un « outil » pour changer le comportement de ces enfants, en échec, en violence avec eux-même et les autres, en refus d’apprendre scolairement.

 

15.01.05

C'est la méthode que j'utilise également pour le moment !
J'ai deux grandes affiches papier que je change quand elles sont remplies et que ce qui est inscrit est terminé :
- une "nos rendez-vous" avec les dates des événements : impression du journal, rencontres, visites, albums à terminer...
- l'autre les projets précis des élèves (plus en rapport avec la lecture/écriture) liés au journal et à Marelle (articles sur les gerbilles, réponse à machin, concours Diddl, ...) + des projets internes : lecture aux maternelles, jeux pour les autres classes, albums à inventer)...
Je vais peut-être me répéter mais je crois que je suis confronté à plusieurs paradoxes :


- vouloir enrichir un milieu de vie et d'apprentissages afin de stimuler, et en même temps, sentir que c'est un piège pour les enfants de CLIS (la plus part du moins) qui ont besoin de repères stables, de choses cadrées, dirigées ... et donc chercher à rassurer les mômes par des activités claires, rituelles.
J'essaie donc d'équilibrer et de fixer des temps précis où le choix est possible, et même ritualiser par le temps de gratuité ou de "marché", le temps des projets du matin, mais beaucoup ne s'y retrouvent pas, et/ou tournent en rond. Ceux-là, j'essaie de les encadrer dans un atelier accompagné.


- mon mémoire étant accès sur la problématique des échanges de savoirs, la "mayonnaise" ne prend pas malgré un début prometteur... Je retiens l'idée de de JC à "breveter" toute réalisation afin de (re)motiver les élèves à agir, à oser.

 

20.01.05

Voilà ce que je me disais en sélectionnant ce passage : "On peut lister toute une série de situations que l'enseignant peut créer en classe pour tenter de favoriser l'apprendre, mais l'enseignant n'est pas premier, il a un rôle très important parce qu'il est là en soutien par rapport à l'élève, parce qu'il est en accompagnement, parce qu'il a créé une " vie riche" autour de l'élève pour favoriser l'apprendre."
Mon travail est d'amener des enfants  "en échec à cause d'un handicap" et inversement également (en CLIS, mais ailleurs aussi), à trouver dans la classe les moyens de s'exprimer sans "haine et sans violence", et pour cela s'approprier des "outils" divers.
La motivation est au centre de mes préoccupations : leurs frustrations entraînent des réactions terribles... Aménager le temps et l'espace (permettre d'enrichir la vie de classe) pour qu'ils s'expriment (j'entends : agissent et se transforment) est un incontournable, certe. Mais la classe n'est pas un navire sans pilote... et ce navire a des passagers avec des destinations différentes, et des agences de voyages (parents, administration, ...) qui ont toutes des idées bien précises sur ce que doit être le voyage.
Je pense également comme Pascale que " la trop grande multiplication des stimuli aboutit à une catastrophe pédagogique pour les enfants les plus démunis, les moins sûrs d'eux-mêmes".
Roland